Laurent Duvivier

 

Je reçois des personnes en individuel qui ne sont pas spécifiquement malades, ou qui peuvent présenter des symptômes psychopathologiques.*

Et, je reçois aussi des couples en souffrance qui sont en situation de crise, ou en rupture.


Le premier contact sert à analyser la demande et me permet d’évaluer l’opportunité de mener un travail psychothérapeutique.  Si tel est le cas, un cadre est convenu avec le(s) patient(s) et dans le cas contraire, je propose quelques pistes de réorientation vers d’autres acteurs de la santé mentale (psychiatre, psychologue, etc.), et/ou institution(s).

Mon approche psychothérapeutique vise principalement à mettre en place et à soutenir un cadre favorisant une parole libre. Le dispositif est principalement celui du face-à-face avec une présence plus soutenue et active (nécessaire dans certains cas) ou peut s’engager dans une cure psychanalytique, avec ou sans le « divan ».  Au fil de ce travail d’élaboration – entre récit, remémoration, résistance, transfert, création ou re-création, etc. –  les symptômes qui avaient amené à consulter se dissipent progressivement et durablement. De plus en plus de recherches scientifiques émergentes le confirment : cette élaboration entre autres facteurs participant à la psychothérapie produit des effets thérapeutiques (mieux-être, meilleure qualité de vie, trouver sa place, affirmation de soi, retour au travail, etc.).

Ma pratique clinique se soutient de repères freudiens, lacaniens et autres plus contemporains. Elle se nourrit continuellement de lectures et échanges avec d’autres praticiens. Par ailleurs, elle s’articule autour d’une expérience de près de 15 ans de prise en charge (ambulatoire) auprès d’une population tout-venant et pouvant relevé des champs psychiatrique, judiciaire et/ou social.


* Il peut s’agir, à l’état isolé ou composé, de symptômes psychopathologiques de type névrotique, psychotique, état-limite (borderline), ou autres tels que (poly)toxicomanie, alcoolisme, troubles alimentaires (anorexie et/ou boulimie), deuil pathologique, dépression, tentative(s) de suicide, troubles bi-polaires, sur-ménage (burn out), difficultés relationnelles, traumatismes psychiques, troubles dissociatifs, etc.

Vous adresser à un psychologue peut-il vous aider ?

Depuis la Loi du 8 novembre 1993, le titre de « psychologue » est protégé en Belgique. Seules les personnes inscrites sur la liste de la Commission belge des Psychologues (CBP) peuvent porter le titre et sont reconnus comme y étant agréées. Cette instance publique est présidée par un juge d’une cour d’appel et est composée de psychologues proposés par la FBP et désignés par le Ministre des Classes Moyennes (Fédération belge des psychologues, FBP).

En date du 16 mai 2014, a été publié dans le moniteur belge un arrêté ministériel fixant les règles du code de déontologie propre aux psychologues, et en vigueur depuis le 26 mai 2014.

Toutefois, il existe une variété de domaines dans lesquels un psychologue travaille, et auxquels il est asservi. Leur travail peut être très différent et cela, en fonction des lieux où il s’exerce :

  • les réseaux de soin (hôpitaux, centres de guidance ou service de santé mentale, plannings familiaux, maison médicale, cabinet libéral, etc.),
  • la justice (soin/aide ou expertise en prison, expertise psychiatrique mandatée par un juge d’instruction, aides à la réinsertion, etc.),
  • l’éducation (Sciences de l’éducation, PMS, etc.),
  • les entreprises publiques (l’Armé, la Police, etc.) et/ou privées,
  • etc.

Ni médecins, et encore moins psychiatres, les psychologues ne prescrivent pas de médicaments, ni n’ont le droit de délivrer un certificat médical.

Mais à quoi donc servent-ils ?

Nous nous limiterons à parler des psychologues travaillant dans l’aide et/ou le soin et qui sont ce qu’on appelait anciennement les psychologues cliniciens, c’est-à-dire qu’ils sont formés plus spécifiquement à l’écoute (être au chevet du patient) et à la psychothérapie (individuelle, de couple, familiale, et/ou institutionnelle). Ils continuent généralement cette formation pendant encore de très nombreuses années.

Donc, parler de s’adresser à un psychologue parce qu’on souhaite se faire aider et que par exemple, on est/a mal, c’est évoquer le psychologue dans ses fonctions psychothérapeutique et clinicienne.


René Magritte, le thérapeute

La particularité de chaque homme, chaque femme, ne permet pas de rendre compte de la question du traitement psychothérapeutique sans en donner une vision parcellaire qui réduit sa portée et ses effets singulièrement propres à la subjectivité de chacun.

De plus, la question de l’inconscient rend la tentative d’apporter une réponse complètement absurde et cette tentative risque d’enfermer le sujet en traitement dans une norme où “se penser par soi-même” sera d’autant plus en péril.

Toutefois, nous avons rassemblé un ensemble de questions qui reviennent régulièrement en vous proposant une ou des réponse(s) qui restent indicatives, et certainement pas, exhaustives.

Qu’est ce qu’une clinique ?

Ce terme nous vient de la médecine et a plusieurs sens, mais nous retiendrons pour ici celui de ce qui se fait au chevet du malade alité. Un psychologue clinicien travaille donc au plus près du malade et de sa souffrance et ce, dans une démarche d’écoute et de bienveillance.

Qu’est ce qu’une psychothérapie ?

C’est une thérapie qui s’opère par la parole qui s’énonce dans une relation s’étant établie à cet effet, et dans un cadre défini préalablement. Cette parole du sujet en souffrance s’adresse à un autre au travers d’une demande (d’aide, d’écoute, de soin, de suivi, etc.) – consciente et/ou inconsciente – à celui qui fait une offre (d’aide, d’écoute, de suivi, etc.), le “psy”.

“Le cadre vise à favoriser la production d’une pensée non pensée” (A. Green).

Sylvie Le Poulichet (Psychanalyse de l’informe, 2003) reprend les propos de Pierre Fedida : “une activité de mise en figures par le pouvoir de nommer” (Pierre Fedida, Le site de l’étranger).

Françoise Dolto (La cause des enfants, 1985) disait ceci : « communiquer à nouveau, ne fût-ce, qu’avec une seule personne qui authentiquement écoute, sans savoir ni pouvoir, mais dans un contrat limité par le temps et l’espace, cela soutient la fonction symbolique, la vie à reprendre. »

Quand devez-vous faire une psychothérapie ?

Le choix de faire une psychothérapie est personnel, d’autant plus que sa réalisation est conditionnée par le désir de celui qui est amené à l’entamer, ou simplement à téléphoner pour prendre le premier rendez-vous.

Mais ça me semble souvent démarrer parce que la personne se sent subitement débordée par un mal être, adopte des comportements dans lesquels elle ne se reconnaît plus, ou se sent concernée par sa souffrance, son/ses symptôme(s), ou son/ses comportement(s), (« sentiment de ne pas y être pour rien ») au point de vouloir interroger cela, c’est-à-dire qu’elle semble éprouver le désir, voire le besoin vital, de mettre en question ce qui s’est cristallisé dans ses comportements, son mal être, ou etc.

Autre métaphore, la personne en désir de psychothérapie vient parce qu’elle se rend compte que ses symptômes sont comme la partie visible de l’iceberg, elle semble alors éprouver la nécessité de tenter de dire quelque chose de ce qu’elle perçoit de cette part cachée.

Ce qui peut arriver aussi est que la personne s’adressant au psychologue, est poussée par un autre (médecin(s), compagne, compagnon, parents, etc.), sans savoir ce qui l’y amène, elle, c’est-à-dire sans qu’elle ait élaboré une demande qui soit soutenue par son désir propre. Un travail préalable à une psychothérapie sera alors nécessaire afin de créer une opportunité de travail thérapeutique.

Combien de temps dure et coûte une psychothérapie ?

La durée est très variable et difficilement prévisible. Pour certains, quelques séances ou quelques mois leur suffisent alors que d’autres poursuivent la démarche un certain temps, voire quelques années.

Dans une société où règne l’illusion que tout est possible dans les plus brefs délais et à moindre coût, que l’inconfort et la perte de temps sont inacceptables, une psychothérapie peut être l’occasion d’apprendre à respecter une temporalité plus personnelle, subjective et nécessaire pour mettre des mots sur une douleur psychique, ou encore sur ce qui fait symptômes, problèmes, questions ou difficultés.

D’un point de vue plus formel, ce que coûtera une psychothérapie dépendra de l’accord établi entre le thérapeute et son patient ainsi que du nombre de séances par semaine.

Peut-on prédire les effets d’une psychothérapie ?

La prédiction des effets thérapeutiques pour le cas particulier d’une personne en psychothérapie conduit à généraliser des mouvements proprement subjectifs et donc, variables d’une personne à l’autre. Généraliser ces mouvements, c’est colporter une image de la psychothérapie, inévitablement réductrice de ce qui s’y opère, voire même purement spéculative.

Néanmoins, une psychothérapie vise à un mieux-être, sinon elle n’a aucun sens.

Et si tous ces effets ne s’observent pas immédiatement, ils peuvent aussi apparaître dans l’après-coup, sous l’impulsion d’un désir de savoir et par l’effet d’une association s’opérant entre ce qui s’y disait à l’époque dans la cure et ce quelque chose qui s’entend dans l’actuel d’une situation présente. L’effet d’après-coup, c’est comme d’être surpris de réentendre différemment et des années après, un propos qui avait été énoncé, lui conférant alors un sens, à la fois nouveau et autre, mais aussi caché lors de la première écoute, ou non entendu comme tel. Ces effets ne sont donc pleinement appréciables que dans un temps futur second où pourra se conclure ce qu’elle aura été pour telle personne précisément, ou telle autre, finalement.

Enfin, de dire aussi qu’une psychothérapie vise à faire cheminer le sujet qui s’y engage vers moins de difficulté(s), de mal être, ou du moins à alléger, voire à supprimer (ou aménager) si possible, les symptômes qui amènent à consulter un psychothérapeute.

Conclusion

Les médecins et/ou les psychiatres sont formés pour poser un diagnostic et vous prescrire un traitement, le plus souvent pharmacologique. Certains psychiatres, plus rarement les médecins, se sont formés à la psychothérapie mais ce n’est pas forcément le cas pour tous et cela est valable aussi pour les psychologues.

Si les médicaments peuvent vous aider et même être incontournables dans certains cas et à certains moments, ils peuvent aussi avoir une action limitée (effet d’accoutumance). Non seulement l’arrêt du traitement risque de faire réapparaître vos symptômes car leurs effets entraînent souvent le report ou l’évitement de la “résolution de votre symptôme” (ou de votre souffrance) qui se pose dans l’actuel mais en plus, vous courez aussi le risque de vous installer à plus long-terme dans une dépendance à ces médicaments (pour certains d’entre eux), ce qu’on ne vous dit pas toujours.

Toutefois, certaines personnes ne pourront presque plus jamais se passer d’un traitement pharmacologique qui par exemple, peut servir de béquille à un ancien héroïnomane, de bouée de sauvegarde contre la folie/délire chez un psychotique, etc.

 


Une psychothérapie réalisée auprès d’un psychologue ou autre (médecin, psychiatre, psychanalyste, etc.) qui est formé et spécialisé à sa pratique, permet un traitement autre, et/ou complémentaire à une médication qui, si aidante à certains égards, a une action limitée et garde une fonction de béquille.

Comme le stipule le manuel de psychiatrie d’Henri Ey,  P. Bernard et Ch. Brisset (Ed. 1989) :

“Les médicaments sont très importants, mais leur action se combine avec les actions psychothérapiques et éventuellement les autres thérapeutiques biologiques.”


 

Laurent Duvivier, le 02 avril 2011 (Dernières actualisations, le 13 novembre 2017)

6 mai 1856

 

L’être de l’homme non seulement ne peut être compris sans la folie, mais il ne serait pas l’être de l’homme s’il ne portait en lui la folie comme la limite de sa liberté. Henri Ey

L’inconscient se déploie dans les effets de langage. Jacques Lacan

Tout art tire son origine d’un défaut exceptionnel. Maurice Blanchot

Certains actes en apparence non intentionnels sont en fait parfaitement motivés et déterminés par des raisons qui échappent à la conscience. Sigmund Freud.

Marie-Jean Sauret – TRAITER LE SUICIDANT, RENDRE-COMPTE DU SUICIDE: PAS SANS LA PSYCHANALYSE, CQFD

C’est avec intérêt que je parcours les informations que Patrick Landman fait circuler sur cette liste et celles qui lui font écho. Elles démontrent en acte comment à la fois les politiques de santé, les disciplines académiques psychiatrie, psychologie, neuroscience, biologie…) et une certaine recherche universitaire et industrielle (laboratoire pharmaceutiques) participent du rabattement des symptômes sur des comportements ou des accidents de natures diverses compatibles avec l’anthropologie idéologique dont la logique néolibérale a besoin pour fonctionner. Il y va en somme d’un travail d’adaptation au Discours Capitaliste. Mais les interventions et la liste elle-même témoignent, autour des mêmes symptômes, de la résistance du dit symptôme et de la mobilisation de ceux qui en interprètent la fonction : gardien de la singularité en quelque sorte.

Si je me permets d’intervenir à mon tour, c’est pour attirer l’attention sur le dernier opus de Christian Baudelot et Roger Establet, Suicide, l’envers de notre monde (sortie le 8 février), lequel actualise une étude paru sous le même titre en 2006. L’un et l’autre sont peu suspects de collusion avec le néolibéralisme si l’on se souvient de quelques-unes de leurs enquêtes comme L’école capitaliste en France, (Éditions Maspero, 1971) ou, associé à Jacques Toiser,
La petite bourgeoisie en France, (Maspero, 1974). Pourtant, il se pourrait que, malgré la sympathie qu’ils méritent, ils ne contribuent à un malencontreux quiproquo, un peu à l’instar de celui qu’a occasionné Alain Ehrenberg avec son magnifique titre La fatigue d’être soi.

Ce quiproquo explique la dispute qui est née entre Alain Ehrenberg et Robert Castel (cf. Robert Castel, « L’autonomie, aspiration ou condition ? », La Vie des Idées, 26 mars 2010, et Alain Ehrenberg, « Société du malaise ou malaise dans la société », La Vie des Idées, 30 mars 2010). Si le second se trompe sans doute sur les intentions supposées libérales de droite du premier, celui-ci avance pour sa défense des arguments qui nourrissent la raison de la confusion. : les catégories nosographiques et les concepts n’auraient qu’une origine sociale ; l’autonomie serait aujourd’hui la condition générale des individus propres à la compétition que l’époque appelle.

Dans les faits, si à mon tour je ne fais pas de contre-sens, Alain Ehrenberg attribuait l’épidémie de dépression à un changement de paradigme – d’anthropologie – avec laquelle les individus se pensaient. Cette analyse disqualifiait l’ancienne lecture désormais obsolète, soit, entre autre et de fait, la référence psychanalytique. Il fallait au lecteur d’Ehrenberg faire un effort supplémentaire pour voir dans cette opération justement l’un des effets du formatage
idéologique qui contribue à l’adaptation des individus à la conception de l’humain requise par cette logique néolibérale. Du coup, la dépression se laisse réinterpréter (à mes yeux) comme la manifestation de sujets qui ne trouvent dans aucun des objets disponibles (manufacturés, amoureux, culturels, etc.) de quoi satisfaire un désir ravalé au besoin de consommation. Il y va ni plus ni moins que d’une sorte d’anorexie, de refus de ce mode de complémentation qui manifeste cette fois l’irréductibilité du désir à la nouvelle idéologie. Pour avoir insisté avec d’autres sur cet autre « symptômes » de la postmodernité, le suicide, j’ai été sensible à l’annonce par Baudelot et Establet de la baisse du taux de suicides dans la plupart des pays, dont la France, en dehors des plus pauvres. Comment le comprendre, puisque les caractéristiques du Capitalisme et du Discours Capitaliste qui l’accompagnent se sont aggravées, qu’il n’y a pas eu dans le même temps d’amélioration de la conjoncture économique ? Y aurait-il un démenti de nos analyses ? L’humanité aurait-elle inventé de nouveaux moyens d’y faire face ?

Fort de ce constat, les auteurs vont chercher du côté des progrès médicaux. Ils ne doutent pas que les suicides résultent de facteurs sociaux, mais l’usage généralisé des antidépresseurs a agi sur le niveau des suicides sans égard pour les régimes politiques, l’âge et le genre. Tout le monde s’accorderait, enquête à l’appui, sur la diminution du nombre de suicides proportionnellement à la consommation d’antidépresseur. Cette prescription bénéficie
d’une meilleure prise en charge des maladies mentales et d’une meilleure perception sociale de la dépression et du suicide, ce qui se vérifierait avec l’augmentation des effectifs de « psy » de toutes les sortes et avec leur répartition sur l’ensemble du territoire en France du fait de la sectorisation.

Comparé à d’autres pays, l’offre psychiatrique française est donc de bonne qualité en termes d’équipements et de ressources humaines ! Les auteurs feraient-ils l’impasse sur les conséquences d’un certain type de direction des ressources humaines, du tout-évaluation, du manque de personnels en termes de protestations contre le plan Buzin, grèves, burn-out, arrêts de travail, et même suicides en psychiatrie ? Il reste vrai, ainsi que le notent les auteurs, que
des équipes pluridisciplinaires réalisent, dans le service public, prévention, soins, postcure et réadaptation. A côté des psychiatres les généralistes prescrivent des antidépresseurs désormais, et, avec un tissu d’&associations dédiées à la question du suicide, ils élargissent les possibilités de prise en charge et l’offre de dialogue autour des problèmes psychologiques. Surtout, ces dernières années le tabou du suicide aurait été levé et bénéficierait de l’élévation du niveau d’instruction. Les « catégories sociales les plus diplômées, d’avantage à l’écoute des messages de leur organisme, mieux informées que les autres sur les possibilités de traitement, ont toujours développé un rapport aux soins qui privilégie l’anticipation. Elles consultent avant qu’il ne soit trop tard ». Il s’en suivrait un climat où il est possible de parler sans honte de « déprime » dans les conversations. Cette mutation culturelle est pour beaucoup dans la façon dont les problèmes sont pris en compte qui dépasserait par-là la seule prescription des antidépresseurs.

Le taux de suicide baisse dans tous les pays modernes sauf au Portugal. Mais il en suffit d’un pour soupçonner que d’autres facteurs que les caractéristiques du néolibéralisme jouent sur l’option suicidaire du sujet. Même à devoir admettre qu’il y va ici d’un passage à l’acte et là d’un acting out, le suicide a affaire avec la dimension de l’acte : il mobilise la responsabilité du sujet telle que celui-ci mise son indétermination selon le génie de sa structure (névrose, psychose perversion). Sans ce registre qui est aussi bien celui du sujet de la démocratie, il n’est pas d’éthique possible.

La liaison entre facteurs socio-économiques et psychopathologie ne saurait donc être mécanique : le sujet est toujours responsable de ce qu’il fait de ses déterminations. Et même là où le poids de ces facteurs joue un rôle extrêmement coercitif La Vie des Idées, 26 mars 2010, nombre de survivants expliquent qu’ils entendaient par la « mort choisie » sortir d’une situation insupportable et attendre de cette sortie une paix dont ils jouiraient à titre posthume ! Ils découvrent alors que seuls les vivants sont susceptibles d’une telle idée, et que c’est cette pensée de la mort qui leur rend finalement le présent désormais plus supportable. Une corrélation ne dit pas ce qui relie les faits ainsi associés : les cyclones augment en Floride en proportion de la consommation de bière en Malaisie…

 En un sens, les auteurs passent près d’une autre solution quand ils évoquent l’élévation du niveau culturel, qui est une façon de convoquer la sublimation des pulsions, le fait de parler, la demande (l’anticipation), et encore la mobilisation des associations qui trahit un renouvellement des solidarités et du tissu social. Derrière ces quelques indices se dissimule finalement ce qui sans doute opère : le transfert à l’endroit de toute écoute bienveillante. Dommage que les auteurs, contaminés par le politiquement correct, semblent n’imaginer que l’antidépresseur comme réponse en en dernière instance. J’espère qu’il ne s’agit que d’un effet de lecture des seules pages du Monde (François Béguin, « Le nombre de suicides élevé mais diminue », et Bonnes feuilles de Suicide. L’envers du monde, mardi 6 février 2016 p. 16-17). Au bout du compte, ce que les travaux évoqués par Baudelot et Establet démontrent, c’est que le suicide est à compter parmi les questions que l’on ne peut traiter convenablement sans la psychanalyse. CQFD.

Mercredi 6 février 2018
Marie-Jean Sauret

PS : il y aurait sûrement un travail analogue à faire avec le livre de Bernard Lahire, L’interprétation sociologique des rêves aux Editions (La Découverte, Paris, 2018), qui, quels que soient ses mérites, oublie que le rêve est ce qui fait passer la jouissance à l’inconscient, faisant ainsi du rêve l’un des recels de ce qui fait la singularité du sujet, et l’autre scène d’où l’interprétation devient possible…