Vous adresser à un psychologue peut-il vous aider ?

Depuis la Loi du 8 novembre 1993, le titre de « psychologue » est protégé en Belgique. Seules les personnes inscrites sur la liste de la Commission belge des Psychologues (CBP) peuvent porter le titre et sont reconnus comme y étant agréées. Cette instance publique est présidée par un juge d’une cour d’appel et est composée de psychologues proposés par la FBP et désignés par le Ministre des Classes Moyennes (Fédération belge des psychologues, FBP).

En date du 16 mai 2014, a été publié dans le moniteur belge un arrêté ministériel fixant les règles du code de déontologie propre aux psychologues, et en vigueur depuis le 26 mai 2014.

Toutefois, il existe une variété de domaines dans lesquels un psychologue travaille, et auxquels il est asservi. Leur travail peut être très différent et cela, en fonction des lieux où il s’exerce :

  • les réseaux de soin (hôpitaux, centres de guidance ou service de santé mentale, plannings familiaux, maison médicale, cabinet libéral, etc.),
  • la justice (soin/aide ou expertise en prison, expertise psychiatrique mandatée par un juge d’instruction, aides à la réinsertion, etc.),
  • l’éducation (Sciences de l’éducation, PMS, etc.),
  • les entreprises publiques (l’Armé, la Police, etc.) et/ou privées,
  • etc.

Ni médecins, et encore moins psychiatres, les psychologues ne prescrivent pas de médicaments, ni n’ont le droit de délivrer un certificat médical.

Mais à quoi donc servent-ils ?

Nous nous limiterons à parler des psychologues travaillant dans l’aide et/ou le soin et qui sont ce qu’on appelait anciennement les psychologues cliniciens, c’est-à-dire qu’ils sont formés plus spécifiquement à l’écoute (être au chevet du patient) et à la psychothérapie (individuelle, de couple, familiale, et/ou institutionnelle). Ils continuent généralement cette formation pendant encore de très nombreuses années.

Donc, parler de s’adresser à un psychologue parce qu’on souhaite se faire aider et que par exemple, on est/a mal, c’est évoquer le psychologue dans ses fonctions psychothérapeutique et clinicienne.


René Magritte, le thérapeute

La particularité de chaque homme, chaque femme, ne permet pas de rendre compte de la question du traitement psychothérapeutique sans en donner une vision parcellaire qui réduit sa portée et ses effets singulièrement propres à la subjectivité de chacun.

De plus, la question de l’inconscient rend la tentative d’apporter une réponse complètement absurde et cette tentative risque d’enfermer le sujet en traitement dans une norme où “se penser par soi-même” sera d’autant plus en péril.

Toutefois, nous avons rassemblé un ensemble de questions qui reviennent régulièrement en vous proposant une ou des réponse(s) qui restent indicatives, et certainement pas, exhaustives.

Qu’est ce qu’une clinique ?

Ce terme nous vient de la médecine et a plusieurs sens, mais nous retiendrons pour ici celui de ce qui se fait au chevet du malade alité. Un psychologue clinicien travaille donc au plus près du malade et de sa souffrance et ce, dans une démarche d’écoute et de bienveillance.

Qu’est ce qu’une psychothérapie ?

C’est une thérapie qui s’opère par la parole qui s’énonce dans une relation s’étant établie à cet effet, et dans un cadre défini préalablement. Cette parole du sujet en souffrance s’adresse à un autre au travers d’une demande (d’aide, d’écoute, de soin, de suivi, etc.) – consciente et/ou inconsciente – à celui qui fait une offre (d’aide, d’écoute, de suivi, etc.), le “psy”.

“Le cadre vise à favoriser la production d’une pensée non pensée” (A. Green).

Sylvie Le Poulichet (Psychanalyse de l’informe, 2003) reprend les propos de Pierre Fedida : “une activité de mise en figures par le pouvoir de nommer” (Pierre Fedida, Le site de l’étranger).

Françoise Dolto (La cause des enfants, 1985) disait ceci : « communiquer à nouveau, ne fût-ce, qu’avec une seule personne qui authentiquement écoute, sans savoir ni pouvoir, mais dans un contrat limité par le temps et l’espace, cela soutient la fonction symbolique, la vie à reprendre. »

Quand devez-vous faire une psychothérapie ?

Le choix de faire une psychothérapie est personnel, d’autant plus que sa réalisation est conditionnée par le désir de celui qui est amené à l’entamer, ou simplement à téléphoner pour prendre le premier rendez-vous.

Mais ça me semble souvent démarrer parce que la personne se sent subitement débordée par un mal être, adopte des comportements dans lesquels elle ne se reconnaît plus, ou se sent concernée par sa souffrance, son/ses symptôme(s), ou son/ses comportement(s), (« sentiment de ne pas y être pour rien ») au point de vouloir interroger cela, c’est-à-dire qu’elle semble éprouver le désir, voire le besoin vital, de mettre en question ce qui s’est cristallisé dans ses comportements, son mal être, ou etc.

Autre métaphore, la personne en désir de psychothérapie vient parce qu’elle se rend compte que ses symptômes sont comme la partie visible de l’iceberg, elle semble alors éprouver la nécessité de tenter de dire quelque chose de ce qu’elle perçoit de cette part cachée.

Ce qui peut arriver aussi est que la personne s’adressant au psychologue, est poussée par un autre (médecin(s), compagne, compagnon, parents, etc.), sans savoir ce qui l’y amène, elle, c’est-à-dire sans qu’elle ait élaboré une demande qui soit soutenue par son désir propre. Un travail préalable à une psychothérapie sera alors nécessaire afin de créer une opportunité de travail thérapeutique.

Combien de temps dure et coûte une psychothérapie ?

La durée est très variable et difficilement prévisible. Pour certains, quelques séances ou quelques mois leur suffisent alors que d’autres poursuivent la démarche un certain temps, voire quelques années.

Dans une société où règne l’illusion que tout est possible dans les plus brefs délais et à moindre coût, que l’inconfort et la perte de temps sont inacceptables, une psychothérapie peut être l’occasion d’apprendre à respecter une temporalité plus personnelle, subjective et nécessaire pour mettre des mots sur une douleur psychique, ou encore sur ce qui fait symptômes, problèmes, questions ou difficultés.

D’un point de vue plus formel, ce que coûtera une psychothérapie dépendra de l’accord établi entre le thérapeute et son patient ainsi que du nombre de séances par semaine.

Peut-on prédire les effets d’une psychothérapie ?

La prédiction des effets thérapeutiques pour le cas particulier d’une personne en psychothérapie conduit à généraliser des mouvements proprement subjectifs et donc, variables d’une personne à l’autre. Généraliser ces mouvements, c’est colporter une image de la psychothérapie, inévitablement réductrice de ce qui s’y opère, voire même purement spéculative.

Néanmoins, une psychothérapie vise à un mieux-être, sinon elle n’a aucun sens.

Et si tous ces effets ne s’observent pas immédiatement, ils peuvent aussi apparaître dans l’après-coup, sous l’impulsion d’un désir de savoir et par l’effet d’une association s’opérant entre ce qui s’y disait à l’époque dans la cure et ce quelque chose qui s’entend dans l’actuel d’une situation présente. L’effet d’après-coup, c’est comme d’être surpris de réentendre différemment et des années après, un propos qui avait été énoncé, lui conférant alors un sens, à la fois nouveau et autre, mais aussi caché lors de la première écoute, ou non entendu comme tel. Ces effets ne sont donc pleinement appréciables que dans un temps futur second où pourra se conclure ce qu’elle aura été pour telle personne précisément, ou telle autre, finalement.

Enfin, de dire aussi qu’une psychothérapie vise à faire cheminer le sujet qui s’y engage vers moins de difficulté(s), de mal être, ou du moins à alléger, voire à supprimer (ou aménager) si possible, les symptômes qui amènent à consulter un psychothérapeute.

Conclusion

Les médecins et/ou les psychiatres sont formés pour poser un diagnostic et vous prescrire un traitement, le plus souvent pharmacologique. Certains psychiatres, plus rarement les médecins, se sont formés à la psychothérapie mais ce n’est pas forcément le cas pour tous et cela est valable aussi pour les psychologues.

Si les médicaments peuvent vous aider et même être incontournables dans certains cas et à certains moments, ils peuvent aussi avoir une action limitée (effet d’accoutumance). Non seulement l’arrêt du traitement risque de faire réapparaître vos symptômes car leurs effets entraînent souvent le report ou l’évitement de la “résolution de votre symptôme” (ou de votre souffrance) qui se pose dans l’actuel mais en plus, vous courez aussi le risque de vous installer à plus long-terme dans une dépendance à ces médicaments (pour certains d’entre eux), ce qu’on ne vous dit pas toujours.

Toutefois, certaines personnes ne pourront presque plus jamais se passer d’un traitement pharmacologique qui par exemple, peut servir de béquille à un ancien héroïnomane, de bouée de sauvegarde contre la folie/délire chez un psychotique, etc.

 


Une psychothérapie réalisée auprès d’un psychologue ou autre (médecin, psychiatre, psychanalyste, etc.) qui est formé et spécialisé à sa pratique, permet un traitement autre, et/ou complémentaire à une médication qui, si aidante à certains égards, a une action limitée et garde une fonction de béquille.

Comme le stipule le manuel de psychiatrie d’Henri Ey,  P. Bernard et Ch. Brisset (Ed. 1989) :

“Les médicaments sont très importants, mais leur action se combine avec les actions psychothérapiques et éventuellement les autres thérapeutiques biologiques.”


 

Laurent Duvivier, le 02 avril 2011 (Dernières actualisations, le 13 novembre 2017)