Indications pour une psychothérapie (analytique), ou une psychanalyse

Dans quel cas une analyse est-elle conseillée ?  

Un traitement médical est généralement jugé comme étant indiqué sur base d’un diagnostic établi à partir de signes observables. C’est un médecin qui pose le diagnostic, estime l’indication d’un traitement pharmacologique ou autre et le prescrit. Par contre, on parlera d’une analyse ou d’une psychothérapie qui s’en inspire comme étant une démarche conseillée ou recommandée plutôt qu’indiquée. En effet, une psychanalyse ne se prescrit pas. Elle s’initie à partir d’une demande, soutenue par un désir personnel, et au départ d’une souffrance vécue ou d’un symptôme (racontable). Toutefois, comme Lacan l’avance dans “Direction de la cure”, il n’y a pas de demande (d’analyse), sans offre (d’une analyse par un ou des psychanalystes).

“En effet pas de psychanalyse possible si le sujet qui la demande ne souffre pas, c’est la plus importante des contre-indications au traitement analytique. Quelqu’un qui viendrait juste pour parfaire sa formation ou pour faire une expérience particulière ne pourrait s’y engager faute du levier essentiel pour commencer une analyse : le symptôme qui fait souffrir le sujet.” (APPORTS DE JACQUES LACAN A LA CRIMINOLOGIE, Katty Langelez)

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Question de symptôme

Si le psychanalyste ou le clinicien qui s’en inspire ne vise pas directement à enrayer le symptôme, il s’occupe au premier plan de la souffrance psychique. En effet, il ne le fait pas directement parce qu’il est averti du fait que cette manœuvre débouche sur un déplacement du symptôme et donc, à une perte de temps. Ou encore parce qu’il sait que pour certaines structures, c’est une tentative qui pourrait s’avérer être un désastre dans la mesure où le symptôme serait le résultat de l’aménagement d’une bouée de sauvetage évitant de sombrer dans la folie, ou encore d’une béquille dont a besoin le sujet et dont il ne peut se passer facilement, ou sans en payer un certain prix en termes par exemple, de perte ou de renoncement.

Pour ce qui concerne le symptôme et son abord, le site de la Société Belge de Psychanalyse avance ceci :

“Les psychanalystes cherchent à atteindre la problématique psychique qui se cache derrière les symptômes du patient ; c’est un traitement en profondeur. Le but de l’approche psychanalytique n’est pas de se focaliser sur un symptôme en particulier mais plutôt de comprendre avec le patient les difficultés qui provoquent le ou les symptômes. Il est bien évident que le psychanalyste en tiendra compte car c’est souvent à cause d’un ou de plusieurs symptômes qu’une personne décide de consulter. Simplement, l’analyste recherche à élargir le sens psychique de ce qui amène le patient chez lui et à comprendre le but de sa démarche. Certains psychanalystes se spécialisent dans le traitement des bébés, des enfants, et/ou des adolescents et le travail subséquent avec leur famille. Il existe aussi des psychanalystes qui travaillent avec des couples, ou avec des groupes.”

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La recherche du bien-être

Si le psychanalyste peut sembler n’avoir que faire du bien-être de son patient ou de son analysant, il est loin de ne pas sans s’en soucier non plus. C’est juste que son éthique lui défend de le chercher à tout prix, lui rappelant qu’il a à se méfier de ce qu’il met inconsciemment dans cette fureur de vouloir guérir ou aider les autres ! Mais il évident que tout traitement psychanalytique vise aux mieux-être du sujet qui en fait l’expérience.

Ou encore a-t-il à se méfier de son désir de vouloir faire le bien des autres ou de vouloir rendre les autres (plus) heureux car d’une part, que signifie faire le bien ou rendre heureux une personne qui est mue, par exemple, par un désir masochiste, ou encore, que signifierait d’aider une personne qui a un désir inconscient de tuer son père, ou son frère ? Ce sont des exemples un peu provocant, mais ils illustrent la complexité de ce qui peut se jouer dans une psychanalyse.

Donc, l’importance n’est pas de mettre au travail le désir (inconscient) du “psy” apparaissant sous le déguisement d’un “désir de guérir”, d’un “vouloir le bien d’autrui”, d’un “vouloir aider son prochain”, mais bien plutôt celui du patient. Comme aucun psychanalyste aussi éclairé soit-il ne peut prétendre détenir le Savoir sur l’Inconscient, comme quiconque ne peut savoir ce qu’est le bien être de son prochain, le cadre (fréquence des séances, honoraires, séances manquées dues, association libre, etc.) de la cure a été conçu pour favoriser l’aménagement d’un espace propice à produire une parole énonçant quelque chose de la vérité du désir inconscient du patient et non celle que le thérapeute susciterait par un effet de suggestion.

La méthode psychanalytique au sens large (freudienne, lacanienne, psychothérapie psychanalytique, psychothérapie institutionnelle, psychodrame, etc.) récuse donc l’idée maîtresse des techniques psychothérapiques qui vise à suggérer, conseiller, aider, guider, aviser et/ou faire à la place du sujet en analyse. Cela dit, cela ne veut pas dire non plus, qu’un psychanalyste ne se laisse jamais aller à certains moments à soutenir, suggérer, conseiller et/ou aviser, etc., mais en connaissance de cause et avec une visée précise permettant de relancer une cure stagnante, ou encore qui semble s’enliser (par exemple).

Le traitement se fait au cas par cas, de façon subjectivée. La psychanalyse ne vise pas exclusivement un traitement du symptôme comme tel. Comme le font, par exemple, les thérapies comportementales. Par exemple : retrouver l’appétit, reprendre du poids. Ce n’est pas une raison de penser qu’il faudrait laisser maigrir jusqu’à la mort ! Le symptôme psychanalytique est un symptôme vu depuis le sujet, et donc le traitement doit permettre de faire émerger la question du sujet dans sa particularité. Cela, c’est, je dirais, le principe de l’abord psychanalytique. Ce qui veut dire qu’il n’y a pas de cure standard, ou encore de psychothérapie appliquée mécaniquement.

On voit que l’acte de l’analyste ne répond pas du tout à un protocole, à une formalisation déjà prévue, à une interprétation qu’on pourrait répéter de l’une à l’autre personne comme j’ai pu en voir dans des comptes rendus d’approches comportementalistes ou systémiques, où c’est toujours le même type d’intervention qui est préconisé.

Ce qui me frappe dans ces cas et dans les témoignages que j’ai lus, c’est que l’issue trouvée – quand quelque chose, en effet, a pu, après parfois des années et des années, se mobiliser et se transformer – l’issue trouvée est toujours individuelle et particulière, et qu’elle est possible quand le sujet peut se réapproprier ses signifiants. Il doit trouver d’abord, pour commencer, un accès à la parole, ce qui n’est pas joué d’avance. Trouver une façon de faire, ce n’est pas du tout une recette qui ne tiendrait pas compte de la particularité, il faut parfois beaucoup de temps à dégager cette façon particulière au sujet.

Anne Lysy, Lʼanorexie : Je mange rien

Psychanalyse ou Psychothérapie psychanalytique ?

Toutes les deux ne se prescrivent pas, puisqu’elles sont initiés à partir de la demande (d’aide) que vous adressez à votre psy, et à partir de l’offre qu’en fait le psy.

La psychanalyse peut être une psychothérapie pour les effets qu’elle produit mais sa portée ne peut se réduire à une psychothérapie !

Toute analyse classique (utilisation du divan) passe inévitable par des entretiens préliminaires au travers desquels s’éprouve(nt) une ou des rencontres entre un analysant (le demandeur), et un analyste (l’offreur); rencontres au terme desquelles se décide l’opportunité d’une analyse stricto sensu.

On pourrait dire aussi qu’elle est vivement conseillée pour les situations où après plusieurs (psycho)thérapies et que malgré ce cheminent tenté vers la guérison, persiste le sentiment que les problèmes font retour malgré un souhait contraire, ou que persiste le sentiment d’être dans une impasse, une voie sans issue, ou encore le sentiment d’être inhibé, écrasé, entravé et/ou confronté à un quelque chose qui ne cesse d’échapper malgré les efforts de saisie, et/ou encore le sentiment d’être angoissé sans pouvoir relier cet état à un objet particulier qui la causerait, et/ou, de réaliser que l’on tient à son symptôme sans savoir pourquoi et malgré un désir d’en sortir et/ou d’en savoir plus, etc.

Quant à la psychothérapie analytique, cette méthode est conseillée pour les mêmes raisons que celles évoquées ci-dessus mais elle fait référence à un dispositif moins contraignant, notamment sur la fréquence des séances, et se réalise souvent dans le face-à-face, c’est-à-dire sans divan.

Elle regroupe toutes ses formes de pratiques psychanalytiques actuelles qui se déroulent aussi sans l’usage du divan, comme par exemple avec les enfants et les adolescents, mais aussi pour les adultes et jeunes adultes qui sont effrayés à l’idée de se retrouver allongés sur un divan et de parler à une personne qu’ils ne voient pas. Ce type de pratique s’exerce davantage dans le face-à-face, et/ou par le recours à des médias qui aident et supportent plus facilement une parole balbutiante, notamment chez les enfants avec le dessin, le modelage, la peinture, etc, et le psychodrame de façon plus générale, ou encore via un bavardage éclairé.

Et une psychothérapie psychanalytique peut ou pas être le tremplin vers une analyse réalisée selon un rythme de plusieurs séances par semaine et au moyen du célèbre divan.

  Laurent Duvivier, 11 janvier 2010 (dernières actualisations, le 19 septembre 2016)