Pourquoi le film «Le Mur» va dans le mur

Entretien avec Olivier Douville par Viviane Canissius

(psychologues hospitaliers), à L’EPS de Ville-Evrard

http://olivierdouville.blogspot.be/2012/07/pourquoi-le-film-le-mur-va-dans-le-mur.html?m=1

VS : j’ai vu ce film et m’en suis sentie très affectée, vous aussi l’avez-vous visionné ?

OD : Oui bien sûr en ai-je vu ce qu’il en était possible de voir avant cette abracadabranstesque  affaire de procès. Loin d’en être ressorti peiné je dois reconnaître que ce film m’a fait me tordre de rire tellement il relève de la propagande la plus grosse ficelle qui soit…

VS : expliquez-nous ça

OD : Je vais aller vite et énumérer les erreurs méthodologiques qui s’y accumulent de minutes en minutes. Ce petit film laisse penser que se joue férocement sur le terrain du soin une guerre entre les psychanalystes et les autres. C’est inexact, cliniciens et chercheurs en neurosciences et/ou en  sciences cognitives travaillent souvent assez bien ensemble sur ce terrain de l’autisme,  prenez pas exemple les avancées du programme P.I.L.E qui étudie les modalités différentes de la lecture selon les enfants, les recherches de l’Association Préaut, les propositions conceptuelles liées à leurs pratiques par des psychanalystes Abibon ou Beaufils, etc. Voilà l’actualité. Nous ne la voyons pas dans ce film. Pourquoi ?

VS : ce que fait Golse par exemple

OD : oui lui et d’autres. Mais voyez comment ce film nous manipule. Par exemple Golse est-il interrogé sur sa théorie du modèle « polyfactoriel » de l’autisme, non !

VS : que pensez-vous des thèses organicistes défendues ?

OD : Soyons clair. D’abord les thèses concernant un supposé trouble neurologique  sont aujourd’hui loin d’être prouvées, et l’ensemble des autres hypothèses (toxiques, génétiques, …) ne représentent que des voies de recherches qui n’ont pas reçues à ce jour de confirmation. Ce film prend la spéculation pour le fait avéré. Quand bien même il existerait un ensemble de causalités « organiques », ce qui est problable, je ne vois pas en quoi cela viendrait exclure  la valeur d’un travail relationnel et psychodynamique. La psychanalyse ne peut aider à la recherche sur de supposées causes biologiques certes, mais aujourd’hui nous savons tous que l’évolution des  découvertes de l’épigenèse et de la plasticité neuronale impose de dépasser le clivage inné/acquis et de prendre en compte la situation du sujet humain dans son milieu spécifique qui est celui de l’échange signifiant premier (gestes et langages).

VS : cela plaiderait alors pour  la causalité de la mère toxique

OD : Non, c’est simpliste et les culpabilisations des parents ne sont plus à l’ordre du jour, heureusement. Les psychanalystes qui se réfugient derrière ce fétiche pseudo explicatif se tirent une balle dans le pied. Mais vous savez la psychanalyse n’est pas une machine de guerre contre les mères et nombre d’associations  de familles d’enfants autistes sont indignées par ces initiatives autoritaires qui tentent à la discréditer dans le soin pour les enfants autistes et psychotiques. Et puis la formidable pression que les tenants de la méthode ABA font peser sur les parents, les réduisant à n’être plus que des auxiliaires éducateurs, a pu fabriquer pas mal de dépression chez des pères et des mères qui ont vu tout leur savoir et leur savoir faie avec leurs enfants précédemment construit brutalement tenu pour rien.

VS : le film présente l’autisme comme une psychose

OD : pas exactement, mais il laisse, à tort une fois de plus, penser que les psychanalystes confondraient psychose et autisme. Là aussi gardons la tête froide.  Il y a de nos jours un accroissement problématique des diagnostics d’autisme ce qui s’accompagne d’un taux de morbidité qui augmente de façon exponentielle. C’est à se demander si toutes les formes de retrait psychique en sont pas qualifiées de troubles autistiques. Aujourd’hui vous savez qu’il y a de rudes batailles pour les classifications et que la tendance dominante, mais qui ne se fonde pas en raison, est de faire disparaître la notion de psychose chez l’enfant, pour tout noyer dans le baquet  hétérogène des troubles autistiques, ce que  l’on nomme le “spectre autistique”. Pour répondre maintenant à la  suite de votre question, il est clair que bien des psychanalystes ont su clairement distinguer entre psychoses symbiotiques et autismes que ce soit hier F. Tustin ou, de nos jours, J.-C. Maleval. Pour ce dernier se référer aux thèses de Lacan permet des avancées, même si, c’est notable ni Freud, ni Lacan n’ont parlé de l’autisme. Mais Lacan a permis aux Lefort de travailler ce point.

VS : Pourtant les psychanalystes interrogés…

OD : leur dire a été tronqué. Toutefois ce qu’il en reste est un petit amas de conneries le plus souvent. Je remarque qu’aucun des cliniciens ouverts à la recherche pluridisciplinaire n’a été interrogé, que ce soit  M.-C. Laznik ou encore G. Haag ou C. Lheureux. Il fut  ressorti de vieilles vieilleries du placard. (ajout de ce 23 juillet G. Haag aurait refusé de participer à ce film, selon S. Robert qui ne m’a pas précisé les raisons de ce refus).

VS : alors il aurait fallu conseiller la réalisatrice…

OD: ne soyez pas si naïve, ce médiocre petit bout filmé est de la propagande anti analytique mal ficelé. Le devoir d’objectivité n’est vraiment pas au rendez-vous.  Au point que je me demande si ce n’était pas lui faire trop d’honneur que de le mettre en avant lors d’un procès très médiatisé.

Publié il y a 5th July 2012 par Olivier Douville